Quand une entreprise s’engage dans une trajectoire SBTi, le réflexe classique consiste à lancer un bilan carbone, cartographier le scope 3, puis construire un plan d’action sur plusieurs années. La co-valence énergie propose un raccourci souvent ignoré : agir simultanément sur l’efficacité énergétique, le pilotage de la demande et les achats d’énergie bas carbone pour obtenir des résultats mesurables bien avant que les plans carbone traditionnels ne produisent leurs premiers effets.
Pourquoi les plans carbone classiques patinent sur la trajectoire SBTi
La plupart des entreprises engagées dans la démarche SBTi se heurtent au même problème : la priorisation des leviers de décarbonation. Le bilan carbone identifie des dizaines de postes d’émissions, du fret aux achats de matières premières. Face à cette liste, les équipes RSE arbitrent souvent par facilité, en commençant par les actions les plus visibles plutôt que les plus efficaces.
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Le débat autour de SBTi s’est d’ailleurs déplacé. Les contenus disponibles en ligne expliquent très bien ce qu’est l’initiative, ses scopes, ses étapes d’engagement. La vraie difficulté se situe maintenant sur le « comment » : comment traduire un engagement validé en réductions concrètes, année après année, sans perdre en crédibilité.
C’est précisément là que l’énergie entre en jeu. Les scopes 1 et 2, directement liés à la consommation énergétique, représentent le terrain où les résultats arrivent le plus vite. Travailler sur l’énergie ne règle pas tout, mais cela sécurise la partie de la trajectoire que la SBTi surveille avec le plus de rigueur.
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Co-valence énergie et SBTi : trois leviers qui se renforcent mutuellement
Le terme « co-valence énergie » désigne l’articulation de trois axes complémentaires. Pris séparément, chacun produit un effet limité. Combinés, ils créent un effet multiplicateur sur la réduction des émissions.
Efficacité énergétique : réduire avant de substituer
Avant d’acheter de l’électricité verte ou de compenser quoi que ce soit, la première étape consiste à consommer moins. Isolation des bâtiments, optimisation des procédés industriels, remplacement d’équipements vieillissants : ces actions réduisent les émissions de scope 1 et 2 de façon permanente.
Chaque kilowattheure non consommé est un kilowattheure qui n’a pas besoin d’être décarboné. Ce principe simple est pourtant souvent relégué au second plan dans les feuilles de route climat, au profit d’actions plus « spectaculaires » comme la compensation ou les certificats d’énergie renouvelable.
Pilotage de la demande : ajuster la consommation en temps réel
Vous avez déjà remarqué que certaines usines tournent à plein régime aux heures de pointe, quand le réseau électrique est le plus carboné ? Le pilotage de la demande consiste à décaler ou moduler la consommation pour qu’elle coïncide avec les périodes où l’électricité disponible émet le moins de CO2.
Ce levier ne nécessite pas d’investissement lourd. Il repose sur des outils de monitoring, des capteurs et une logique d’arbitrage entre coût, confort et empreinte carbone. Le pilotage de la demande transforme la flexibilité en réduction d’émissions.
Achats d’énergie bas carbone : sourcer autrement
Le troisième axe porte sur la nature de l’énergie achetée. Contrats d’achat direct d’électricité renouvelable (PPA), autoproduction solaire ou biomasse, choix d’un fournisseur avec un mix décarboné : ces décisions influencent directement le facteur d’émission du scope 2.
La SBTi distingue d’ailleurs deux méthodes de comptabilisation du scope 2 (market-based et location-based). Une stratégie d’achats bas carbone bien documentée améliore les deux indicateurs simultanément.
Stratégie énergie vs plan carbone classique : ce qui change concrètement
Pourquoi cette approche énergétique produit-elle des résultats plus rapides qu’un plan carbone classique centré sur le scope 3 ? Plusieurs raisons opérationnelles l’expliquent :
- Les actions sur l’énergie relèvent de décisions internes (achats, maintenance, exploitation), alors que le scope 3 dépend de fournisseurs et de clients sur lesquels l’entreprise a peu de prise directe
- Les délais de mise en oeuvre sont courts : un contrat PPA se signe en quelques mois, un programme d’efficacité énergétique peut démarrer dès le trimestre suivant
- Les résultats sont mesurables immédiatement via les factures d’énergie et les relevés de consommation, ce qui facilite le reporting annuel exigé par la SBTi
- Le retour sur investissement financier accompagne la réduction d’émissions, ce qui facilite l’adhésion des directions financières
Agir sur l’énergie donne des preuves tangibles dès la première année de l’engagement SBTi. Cette crédibilité précoce est précieuse : elle démontre aux parties prenantes que l’entreprise ne se contente pas d’un engagement de principe.

Intégrer la co-valence énergie dans une feuille de route SBTi
Concrètement, comment articuler cette approche avec le cadre SBTi ? Le point de départ reste le bilan carbone, qui permet d’identifier la part des émissions liées à l’énergie dans les scopes 1 et 2. Pour la majorité des entreprises du secteur tertiaire et industriel, cette part est significative.
L’étape suivante consiste à construire un plan énergie en trois volets :
- Un audit énergétique qui identifie les gisements d’économies et les équipements prioritaires à remplacer ou optimiser
- Un diagnostic de flexibilité pour évaluer le potentiel de pilotage de la demande (processus décalables, stockage thermique, effacement)
- Une analyse du portefeuille d’achats d’énergie pour basculer progressivement vers des contrats bas carbone vérifiables
Ce plan énergie ne remplace pas la stratégie carbone globale. Il la complète en apportant des résultats rapides sur les scopes les plus directement contrôlables. La co-valence énergie fonctionne comme un accélérateur de trajectoire, pas comme un substitut.
Le piège à éviter : traiter l’énergie comme un silo
Le risque serait de confier la stratégie énergie à la direction technique et la stratégie carbone à la direction RSE, sans coordination. Les deux doivent partager les mêmes indicateurs, les mêmes horizons temporels et les mêmes objectifs chiffrés alignés sur la trajectoire SBTi validée.
Sans gouvernance commune, l’efficacité énergétique devient un projet technique déconnecté de la trajectoire climat. Les gains réalisés ne sont alors pas comptabilisés correctement dans le reporting SBTi, ce qui revient à gaspiller un avantage stratégique.
Les entreprises qui ont intégré ces trois leviers énergétiques dans leur feuille de route SBTi rapportent une difficulté moindre à démontrer des progrès annuels. Dans un contexte où la SBTi renforce ses exigences de suivi et de transparence, disposer de résultats concrets sur les scopes 1 et 2 dès les premières années d’engagement constitue un avantage réel, à la fois pour la conformité et pour la réputation de l’entreprise.

